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Ce vendredi nous inaugurions, en présence des élus et de l'intéressé, la médiathèque « Robert Badinter » à Clohars-Carnoët.
 En l'entendant faire un remarquable discours, avec cette voix si particulière, je me remémorais son intervention de septembre 1981 à laquelle j'avais assisté dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. C'est là qu'il nous avait annoncé : « J'ai l'honneur, au nom du gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale, l'abolition de la peine de mort en France.»
Marqué par les prises de position de Jaurès, de Victor Hugo : «l'abolition doit être pure, simple et définitive» ou de Albert Camus qui voulait dès 1947 que le 1er article du Code Pénal européen soit consacré à la suppression de la peine de mort, j'avais écouté, comme tous mes collègues d'alors, avec émotion ce discours préparé et déclamé par Robert Badinter. Bien sûr il nous avait convaincu et la phrase de Cesare Beccaria, mie en exergue, dans son livre « l'Abolition », s'appliquait parfaitement à ce moment : «Si je prouve que cette peine n'est ni utile ni nécessaire, j'aurai fait triompher la cause de l'humanité».
ce que je ne savais pas, alors, c'est que l'écriture de cette intervention historique et marquante, s'était faîte dans la circonscription, à Doëlan.
Retenons la description faîte, par Robert Badinter lui-même, dans ses écrits :
«Paul Guimard et sa femme Benoîte Groult nous avaient offert l'hospitalité dans leur demeure proche de Lorient. Ils étaient partis en Irlande. Nous étions seuls, Elisabeth et moi, dans cette petite maison de douanier en granit, accrochée à la falaise dominant un port. Un jardin de curé prolongeait la terrasse. Il éclatait d'hortensias et de roses en ce mois d'août. Les bateaux de plaisance ou de pêche étaient ancrés en contrebas. Je les voyais glisser, à l'heure de la marée, vers l'océan qui se découvrait à l'extrémité de l'anse. Nous étions merveilleusement au calme. C'est là, sur la terrasse, que j'écrivis mon discours ou, du moins, la première version que je devais retoucher, comme à mon ordinaire, presque obsessionnellement, jusqu'au moment de le prononcer. Ce texte ne me coûta ni effort, ni angoisse. Les phrases s'alignaient presque spontanément sous la plume. De temps à autre, je levais les yeux vers la mer. Mon regard s'accrochait à une voile qui tressaillait sur le ciel.
Tout respirait la douceur de la Bretagne en été. Je souriais et me remettais à l'ouvrage. Le temps de l'abolition était venu.» 
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